Ailleurs

Anne-Marie Filaire

09.02.08 - 20.04.08

Galerie de l'ancienne poste
Place des nations - 59282 Douchy-les-Mines
T +33(0)3 27 43 56 50

Commissaire de l'exposition : Pia Viewing.

Exposition réalisée avec la précieuse collaboration de la Galerie Éric Dupont, Paris.
Et la participation de :
Artothèque du Limousin,
Collection du FDAC de l'Essonne - Domaine départemental de Chamarande,
Fonds Régional d'Art Contemporain Bretagne,
Service culturel de l'Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis.

Exposition itinérante présentée également à l'Université de Valenciennes et du Hainaut-Cambrésis.

L'exposition intitulée « AILLEURS » au Centre Régional de la Photographie Nord Pas-de-Calais a rassemblé un nombre important de photographies récentes d'Anne-Marie Filaire. Elle a proposé un regard ouvert et sensible sur cet œuvre, qui est autant l'expression personnelle d'un travail artistique qu'un témoignage documentaire sur des territoires en évolution constante.

L'exposition était composée de photographies de régions ou de zones dans le monde qui font l'objet de guerres territoriales. Une dizaine de grands panoramiques de la frontière israélo-palestinienne ont été présentées. Anne-Marie Filaire a travaillé au Moyen-Orient régulièrement pendant plusieurs années. Ainsi, elle a saisi les évolutions du paysage et les changements dus à la politique de l'occupation des territoires. Des photographies prises d'un même point de vue, sur une durée de trois années ou plus, composent, pour le spectateur, la vue d'un paysage affecté par une longue guerre. Avec cette série intitulée – Enfermement, 2004-2007 (coll. de l'artiste, coll. FRAC Bretagne et coll. galerie Éric Dupont, Paris), le spectateur saisit la nature du terrain, la construction du mur de séparation entre les deux territoires, Palestine et Israël. La photographe montre, de façon extrêmement détaillée, la complexité de la situation géographique et politique.
Anne-Marie Filaire travaille sur la durée. À travers ses recherches, elle développe une relation spécifique au temps et à l'espace. Des images en noir et blanc, qu'elle estime de nature documentaire, témoignent d'une sensibilité rare et d'une distance qui laisse respirer, transpirer, la complexité des difficultés vécues par les habitants.

D'autres photographies de frontières de zones conflictuelles ont été présentées :

« Phnom Penh Périphérie est un travail sur la limite urbaine réalisé en octobre, novembre et décembre 2002. Pendant sept semaines je me suis déplacée tout autour de la ville réalisant des prises de vue de ces paysages frontière. Les trois premières semaines, j'ai travaillé avec un groupe d'étudiants Khmers. Ensemble, nous allons tourner autour de Phnom Penh. Qu'est-ce qui sépare la ville de ce qui n'est pas la ville ?
Je leur demande de décider quel sera le point de départ de notre itinéraire. Ils décidèrent de rejoindre le « Pont de la Libération » qui devint ainsi notre point de départ. » Anne-Marie Filaire « Le Cambodge est un pays sinistré qui a du mal à se relever de cette période de son histoire marquée par le régime de Pol Pot.
C'est un pays privé de souvenirs, de traditions, de documents quelconques sur son histoire.
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges s'emparent du pouvoir à Phnom Penh. Au cours des presque quatre ans que dure leur gouvernement, ils firent table rase de la société cambodgienne.
[...] L'Angkar, l'organisation de Pol Pot, derrière laquelle se trouve le parti communiste cambodgien, abolit l'argent, la propriété privée et la religion. Elle entreprend une politique de « purification », à base de déportation, travail forcé, tortures et exécutions.
À ce moment, la coupure avec le monde extérieur est totale.
Cette tragédie est une des conséquences de la guerre du Vietnam.
Aujourd'hui le Cambodge se développe et se transforme. Il est dans une période de reconstruction.
Dans un tel contexte, la mémoire est un outil essentiel et c'est ce dont il s'agit ici. »
Anne-Marie Filaire

Zone de sécurité temporaire : «La Zone de sécurité temporaire correspond à la zone de front où sévit entre 1998 et 2000 un conflit meurtrier entre l'Éthiopie et l'Érythrée son ancienne province indépendante. En juin 2000 un accord de paix a été signé entre les deux parties à Alger. Cette zone du secteur Est près d'Assab est encore conflictuelle et reste à ce jour sous le contrôle des Nations Unies.»
Extrait de «Carnet de route», Anne-Marie Filaire, 2001

« Le travail d'Anne-Marie Filaire, précis et rigoureux, permet de prendre le recul nécessaire face à l'avalanche de photographies qui traitent des zones de conflit. Travail d'une photographe qui se situe dans l'urgence mais qui réussit à fixer toute la complexité d'une situation qui pour le spectateur éloigné reste impossible à saisir. Travail d'artiste surtout, car ces images panoramiques, qui refusent tout aspect anecdotique, réussissent à créer une sensation d'un silence irréel, d'un vide étrange. À l'opposé des procédés habituels où l'expression dramatique trouve sa source dans les visages humains, Anne-Marie Filaire fait parler le paysage urbain où l'absence de la population donne la sensation d'une scène du théâtre avant ou après la représentation. »
Itzhak Goldberg « L'art en temps de guerre. L'exemple de la société israélienne ». Entretien avec Serge Tisseron, 2005

« Le paysage est un des plis de l'existence humaine. Dire du paysage qu'il fait partie de notre vie de tous les jours, cela implique, d'une part, de le comprendre comme le milieu ou l'environnement quotidiens de nos actions, de nos déplacements, de nos gestes et de nos sensibilités, bref cela signifie que le paysage n'est pas seulement ce qui se voit comme un pur spectacle mais qu'il est aussi ce qui se vit, qu'il est le tissu même de nos vies. Mais cela veut dire aussi, d'autre part, que le paysage est le lent résultat de nos actions et de nos vies : il n'est pas seulement un milieu, mais il est aussi un produit, ou plutôt il est le milieu que nous produisons pour nos vies, pour le meilleur ou pour le pire.
[...] Il faut s'intéresser, plus généralement, à la diversité des formes spatiales, aux éléments structurants et aux dynamiques, aux discontinuités et aux circulations, car tous ces traits permettent de caractériser un paysage et de lui donner un sens. Mais, au bout du compte, on aperçoit que tout paysage, d'une manière qui lui est propre, est relatif à un projet social et politique. »
Jean-Marc Besse, extrait de « Les marques du territoire », Anne-Marie Filaire, éd. L'artothèque de la Roche-sur-Yon, 2007

Ailleurs
Vue partielle de l'exposition «Ailleurs», Anne-Marie Filaire, 09.02 – 20.04.2008, Galerie de l'ancienne poste, CRP, Douchy-les-Mines. De gauche à droite et de haut en bas : Depuis Anata, 15 mars 2004, tirage numérique n/b, 75 x 230 cm, coll. FRAC Bretagne, Depuis Anata, 17 mai 2007, tirage numérique n/b, 75 x 270 cm, coll. de l'artiste, Depuis Shufat, 3 avril 2004,tirage numérique n/b, 75 x 230 cm, coll. FRAC Bretagne, Ramallah, 11 mars 2004, tirage numérique n/b, 75 x 185 cm, Galerie Eric Dupont, Paris. © photo. CRP.

Ailleurs
Vue partielle de l'exposition « Ailleurs » Anne-Marie Filaire, 09.02 – 20.04.2008. Galerie de l'ancienne poste, CRP, Douchy-les-Mines. Phnom-Penh Périphérie, 2002. À gauche et à droite : Cambodge, 7 tirages sur papier argentique baryté, 100 x 120 cm, coll. Galerie Eric Dupont, Paris. Au centre : Battabang, tirage sur papier argentique baryté, 154,5 x 124,5 cm. © photo. CRP.

Ailleurs
Anne-Marie Filaire, Rafidia, Palestine, 15 avril 2006, tirage numérique n/b, 75 x 185 cm. © photo. Anne-Marie Filaire.